Par notre collaboratrice invitée Hilary Pearson, présidente de Fondations philanthropiques Canada

Vous dirigez un organisme de bienfaisance canadien de taille plutôt modeste? Ces situations vous sembleront peut-être familières :

  • La prochaine réunion trimestrielle du CA se tiendra sous peu et vous êtes la seule personne disponible pour rédiger cinq notes détaillées, accompagnées d’analyses financières…
  • Un de vos partenaires communautaires veut se réunir incessamment le seul jour de la semaine où vous n’êtes pas rémunéré pour être au bureau…
  • Votre comptable recherche les reçus manquants pour faire votre rapport d’impôt mais vous n’avez pas eu de temps d’en faire le classement…
  • Vous aimeriez vraiment suivre cet atelier de formation qui vous aiderait à être plus efficace mais vous n’avez pas le temps et votre CA ne veut pas le défrayer…
  • Vous savez que votre site internet a besoin d’une refonte complète et urgente mais vous ne savez pas comment faire et votre webmestre à temps partiel est parti en vacances…
  • Votre boîte courriel se remplit sans cesse de nouveaux messages mais vous n’avez pas d’aide pour y répondre et la vider.

Ces obstacles courants sont le lot quotidien de l’employé à temps partiel ou de l’unique employé à la tête d’un petit organisme de bienfaisance. Et vous avez raison de penser que cette réalité est injuste.

Le paradoxe est que ces cas de figure décrivent tout aussi bien ce que vivent les petites fondations canadiennes. Eh oui, ces mêmes fondations auxquelles un petit OBNL comme le vôtre demande du financement pour l’aider à régler ses problèmes! Il y a environ de 5300 fondations privées canadiennes et cela donne l’impression que beaucoup de bailleurs de fonds sont disponibles pour aider. Pourtant celles-ci manquent aussi de personnel. Plus de 90 % de ces fondations ont des actifs inférieurs à 5 millions $ et la plupart n’ont pas de personnel payé. Il est important de connaître cette réalité et de la partager. Les petites fondations et les petits organismes de bienfaisance ont beaucoup plus de choses en commun qu’on pourrait le penser.

Il est vrai que les fondations ont un souci de moins. Elles ont de l’argent. Et naturellement, c’est un avantage énorme. Mais la vérité est plus complexe. Comme tous les autres OBNL, les fondations veulent contrôler leurs frais généraux dans le but d’atteindre leur mission. La petite fondation privée typique :

  • N’a qu’un seul employé ou même aucun personnel rémunéré;
  • N’a que du personnel à temps partiel;
  • Ne peut répondre à tous les besoins de sa communauté;
  • Doit impartir sa comptabilité, ses services informatiques et son soutien administratif.

Le directeur d’un organisme de bienfaisance qui s’inquiète de ne pas pouvoir payer ses employés ou de traverser le prochain trimestre – et n’en dort plus – peut ressentir bien peu d’empathie pour un directeur de fondations. C’est normal. Néanmoins, le personnel d’une fondation peut s’identifier facilement à celui d’un organisme. Il peut vite comprendre que tous ces problèmes vécus à l’interne peuvent nuire à la productivité et justement à l’atteinte de sa mission.

Alors quoi faire ?

Premièrement, il faut défendre l’idée du bien-fondé d’investir dans son propre organisme. Tous les directeurs d’OBNL doivent comprendre l’impact de leur organisation interne et plaider devant leur CA et auprès de leurs donateurs la nécessité de faire des investissements ciblés dans leurs capacités pour atteindre leur mission. Souvent la chose la plus utile qu’un bailleur de fonds puisse faire est de soutenir le directeur d’un organisme dans ce travail, que ce soit par la formation ou en le présentant à d’autres dirigeants qui font face aux mêmes défis.

Deuxièmement, il faut améliorer la communication entre les bailleurs de fonds et les organismes. Cessons de parler de prétendus « budget administratif » et « budget d’organisme » et parlons de tous les coûts, directs et indirects, nécessaires pour fournir le travail. Les bailleurs de fonds peuvent aider en sachant à qui poser les bonnes questions sur les coûts et en veillant à ne pas ajouter de coûts indirects (par exemple de mesure et de suivi), lorsqu’ils ne sont pas vraiment utiles.

Troisièmement, les fondations et les organismes peuvent faciliter leur accès aux ressources grâce à la collaboration ou au partenariat. Il est évident que les plus petits organismes ne pourront pas aller aussi loin qu’ils le veulent s’ils ne travaillent pas avec les autres. De nos jours, grâce aux communications et aux outils numériques, la collaboration est une option pratique. Les bailleurs de fonds comme les organismes peuvent en bénéficier.

Quatrièmement, les fondations peuvent offrir un appui plus direct. Les bailleurs de fonds qui croient au travail et au leadership d’un organisme peuvent fournir un financement sans restriction ou sans condition. Cette façon de faire libère l’organisme et la fondation du fardeau de l’analyse détaillée des demandes et des longs rapports d’évaluation. Les responsabilités ne sont pas moindres si le lien de confiance est bien établi. Et les fondations peuvent aussi se permettre de prendre plus de risques.

Naturellement, étant donné le peu de ressources disponibles dans les fondations et les organismes, aucune de ces solutions n’est facile. Mais il y a maintenant beaucoup de ressources disponibles pour les petites fondations grâce à des organismes tels que Fondations philanthropiques Canada qui proposent des guides pratiques, des pistes de solutions et des possibilités de réseautage. Souvent l’étape la plus simple est de chercher un organisme de réseautage qui peut aider.

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